Il réunit tous les acteurs de l'innovation médicale, de la recherche fondamentale à
l'industrie.
Réunir en un même lieu l'ensemble des composantes nécessaires à l'innovation dans le domaine de l'ophtalmologie : tel était le
but du projet d'Institut de la vision, porté par le professeur José-Alain Sahel et son équipe. Et il a fallu toute sa détermination et son ascendant pour qu'il devienne réalité. L'Institut de la
vision a ouvert ses portes dans un bâtiment flambant neuf de 6.000 m2, construit sur le site du Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts, à côté de la Bastille, à
Paris.
Douze équipes de recherche vont être reparties entre quatre départements dédiés
respectivement au traitement de l'information visuelle, au développement du système visuel, à la génétique des affections oculaires, et à la recherche de nouveaux traitements (lire également la
rubrique « Sciences », page 17). « Beaucoup de thèmes de recherche seront menés conjointement par des équipes plus fondamentalistes et d'autres plus tournées vers l'applicatif »,
explique José-Alain Sahel, qui dirige l'Institut.
Nouvelle technique d'imagerie
Ces équipes ont accès à des plateaux techniques communs permettant l'analyse, l'exploration et l'imagerie de l'oeil. Comme dans tout institut de biologie moderne, on y trouve une animalerie, des outils de génomique et de protéomique, de la bioinformatique, mais aussi des outils plus spécifiques de l'oeil. L'Institut de la vision est notamment le premier en Europe à utiliser la technique d'imagerie « Brainbow », qui rend possible la visualisation des réseaux de neurones en différentes couleurs - sachant que l'oeil est une sorte de prolongement du cerveau.
Pour accueillir les meilleures compétences de niveau international, un appel d'offres conjoint a été lancé par l'Inserm et l'université Pierre-et-Marie-Curie. Il a décidé quelques chercheurs français à rentrer de l'étranger et des chercheurs étrangers à venir enrichir les équipes. Enfin, un programme de chaires d'excellence a permis d'associer étroitement les universités de Londres et John-Hopkins de Baltimore.
Dans le même esprit d'ouverture, des projets communs sur les pathologies de la vision et de l'audition vont être menés dans le cadre de la Fondation Voir et Entendre, qui associe l'Institut de la vision au département de neurosciences de l'Institut Pasteur, dirigé par Christine Petit. Le passage des innovations thérapeutiques en clinique sera facilité par la proximité avec le Centre d'investigation clinique des Quinze-Vingts, aujourd'hui un des premiers au monde pour le diagnostic, l'étude et le traitement des dégénérescences rétiniennes. Il coordonne en outre au niveau européen un réseau de 42 centres d'essais cliniques spécialisés dans les maladies de la rétine.
Ouvert aux entreprises
Parce que José-Alain Sahel est convaincu qu'« il n'y a pas d'innovation possible sans relais industriel », l'Institut de la vision a prévu d'accueillir des entreprises autour du handicap visuel et de mener avec les grandes (Novartis, Pfizer...), comme avec les petites (Fovea), des projets collaboratifs, voire de susciter la création de start-up. Leurs équipes de recherche auront accès aux mêmes plates-formes technologiques que les équipes académiques.
L'Institut de la vision rassemble ainsi les ingrédients nécessaires à chaque étape du processus d'innovation dans le domaine médical, de la recherche fondamentale au lit du malade, en accord avec la mission de l'Inserm. C'est bien pourquoi ce dernier a été l'un de ses principaux soutiens financiers, à côté des Quinze-Vingts, de l'université Pierre-et-Marie-Curie, du Conseil régional d'Ile-de-France et de la Ville de Paris. L'Association française contre les myopathies (AFM), la Fédération des aveugles et handicapés visuels de France, la Foundation Fighting Blindness (Etats-Unis), la Fondation ophtalmologique Rothschild, la Commission européenne, l'ANR et plusieurs autres fondations ont aussi apporté leur contribution.
Cette multiplicité des sources de financement ne va pas faciliter la gestion de l'Institut. Aussi un des objectifs serait de faire signer aux
principaux bailleurs de fonds un accord-cadre qui pourrait ensuite être géré par la Fondation Voir et Entendre. Enfin, bon élève jusqu'au bout, l'Institut de la vision a été labellisé « projet
structurant » par le pôle de compétitivité d'Ile-de-France, Medicen et Institut Carnot.
Catherine Ducruet (Les Echos, 25/03/08)
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